Alors que
Michael Harrington annonce le fin du web 2.0 bien qu’il est l’un de ceux qui l’ont promu à outrance, que
le fond Sequoia Capital annonce la fin des investissements massifs dans les startups du web et que
Loïc Le Meur annonce des licenciements chez Seesmic, on serait tenter de tout jeter, de se dire que les startups web sont toutes vérolées de l’intérieur et n’ont aucun avenir. Ca serait bien sûr trop simple à conclure. Alors que l’on parle d’une crise économique qui fera logiquement suite à la crise financière actuelle, doit-on être aussi pessimiste ? On voit apparaître ces derniers jours que le web 2.0 n’existe plus et que notre secteur d’activité préféré va se prendre une grosse baffe avec un retour nécessaire dans le monde réel.
Depuis que je suis de près l’activité des startups du web, environ 9 ans, et surtout ces dernières années avec les blogs spécialisés dans ce type d’information, il y a pour les startups web qui émergent beaucoup d’angélisme avec des « Wouha, allez voir ce nouveau service web super-méga-génial, trop bon ». Très bien. Cela aurait pu être vrai. Sauf qu’au moins 50% des nouveaux services qui sortent n’ont aucun intérêt. Dans ceux qui restent seule une minorité ont un vrai business modèle. La plupart pensent pouvoir en trouver un plus tard, si nécessaire. Mais voilà , les investisseurs ne l’entendent pas de cette oreille. La plupart des projets web sont trop légers mais l’intérêt est que maintenant il est possible de le savoir très vite puisque ceux-ci sont annoncés via des réseaux de blogueurs qui relaient l’information dès le lancement du service, avant même que celui-ci ait eu besoin de financement. Mais reste que tout le monde s’emballe pour des projets bidons. Le pire est que la compétence de ceux qui les mènent et leur motivation n’est même pas à remettre en cause. Ils ont souvent fait du bon boulot et croient en ce qu’ils font. Dans les années 2000, avant la fameuse bulle que l’on nous prédit de nouveau, le travail réalisé était souvent médiocre et leurs porteurs étaient souvent là pour faire des coups.
Si je prends mon expérience en exemple avec les divers projets que j’ai mené sous la bannière Xoolyx, en tant que potentiel investisseur je n’aurais pas mis des billes pour les financer. Un service de partage de photos, Xoolyx Photos ? Le ticket d’entrée face aux mastodontes du web est trop élevé. Un service d’information, Xoolyx.fr ? Face à un Google News ou à un Google Blogsearch, comment être visible ? Un Webdesktop, Xoolyx² ? Le grand public n’utilisera pas un truc pareil avant un bon bout de temps. Un service de publication de vidéos par webcam, Xoolyx Now ? Vous avez vu ce que Seesmic vient d’annoncer ? Et pourtant des dizaines de services ce sont lancés sur ces même créneaux. Certains y ont dépensé des montagnes de cash et ne sont arrivés nulle part, en tout cas sur rien de rentable.
Mais ne doit-on pas redéfinir ce qu’est une startup, au moins pour celles du monde web ? Et comment doit-on considérer leur nécessité de générer des revenus ? On demande bien à un plombier ou à un garagiste automobile d’être rentable tout de suite, alors pourquoi pas le demander à une entreprise du monde web. Les choses devraient-elles être différentes ? On parle de startups, les entreprises qui montent vite. Dans ce type d’entreprises il y a plus de 50% de déchet, des beaux projets papier qui ne finiront nulle part. Au moins 70% des startups du web qui ont été présentées sur Techcrunch ou ailleurs n’ont pas de business model viable, voir cohérent, et cela ne semble gêner personne. Je souhaite bien sûr toute la réussite possible à Seesmic et à toutes les startups web qui se sont montées sur des concepts alambiqués et superposant quelques briques technologique facilement accessibles. Ok, le ticket d’entrée technologique est bien plus faible qu’en 2000. Mais les fondamentaux sont les mêmes. Un projet survendu à des investisseurs qui parient sur le pédigrée du fondateur n’offre aucune garantie particulière de réussite. Lorsque je vois sur des blogs dits « experts » des présentations de services web sans dire deux mots sur la viabilité du projet on se place là dans un angélisme sans intérêt.
Mais même des grosses machines comme Youtube, Netvibes, Dailymotion et même Facebook ne rentrent pas dans leur frais, pourtant ils existent depuis un bout de temps, à l’échelle du web, et ont levé des sommes fabuleuses ou se sont fait racheter à prix d’or. Je ne suis même pas sûr que l’on serait capable de citer une grosse startup du web mondial lancé pendant ces 4 dernières années et qui aurait réussi à atteindre la rentabilité.
Alors où tout ca va-t-il bien mener ce secteur d’activité ? Je crois en tout cas que ce resserrement économique qui s’annonce, bien qu’il n’ait pas pris sa source dans le secteur lui-même, alors que c’est ce qu’il s’était passé en 2000-2001, aura du bon. Nous sommes actuellement à la fin d’un cycle. A priori dans notre secteur d’activité, le web, ces cycles semblent durer environ 4 ans : 1996-2000, croissance folle, 2000-2004, restructuration, 2004-2008, croissance un peu plus mesurée. Maintenant il est temps de faire le ménage, prendre du temps pour assainir les choses.
J’ai en tout cas commencé à sentir cette fin de cycle lorsque j’ai vu arriver des très jeunes entrepreneurs, à peine sorti de l’adolescence et qui venaient de finir leurs études commerciales. Avec leur bonne tête de premier de la classe encore recouverte d’acné juvénile, je les ai entendu expliquer pourquoi avec leur super projet développé avec l’aie d’amis roumains ils allaient réussir à nous apporter ce qui nous manquait. Ok, ca peut fonctionner, on ne sait jamais. Mais quand un secteur d’activité est considéré si facile d’accès par ceux qui n’ont en fin de compte pas grand-chose à y faire, il est temps de se poser quelques questions.
Disons aussi quelques mots sur les investisseurs, les VC. Si en 2000 ils faisaient des chèques en blanc à partir de projet résumés sur un bout de mappe de restaurant bon marché, ils font maintenant très attention. Leur objectif est quand même resté le même : faire une sortie dans les 3 à 5 ans avec une jolie culbute. Sauf que maintenant ils sont plus regardants et ne ils ne rasent plus gratis. Ils donnent les sommes levées en plusieurs fois sur la tenue d’objectifs précis. Si ceux-ci ne sont pas atteint ca reste en banque jusqu’à qu’ils soient réalisés. A ce petit jeu plein de raison les entrepreneurs doivent tenir des objectifs clairs sur des périodes de temps qui ne laissent aucune chance aux égarements.